Retour au Curator’s Eye

VOCALS OF THE CHAOTIC BURST

Article par la Princesse Ifedolapo Onikoyi

10 janvier – 7 mars 2026, Perrotin, Paris

À Perrotin Paris, The Vocals of the Chaotic Burst de Kathia St. Hilaire se lit comme une partition écrite dans la pression, la répétition et les traces. La visite privée menée par le critique d’art Carl Pierrecq, auteur de l’essai « Frankétienne, l’infréquentable », éclaire ce que l’exposition met en jeu : St. Hilaire ne convoque pas Frankétienne comme un repère, elle travaille au cœur de la logique qu’il a nommée, le Spiralism.

Né en Haïti au milieu des années 1960, le Spiralism répond à la dictature et à une violence sans relâche. Il refuse le temps linéaire, assume le chaos, la rupture, et la manière dont l’histoire revient, plus large et plus bruyante. Chez St. Hilaire, la spirale n’est pas un motif : c’est un état, une méthode pour lire les conflits à travers les géographies.

Haïti est le point de départ, mais l’exposition refuse d’enfermer la violence dans un cadre local. Dans « Vietnam Tunnels », un civil surgit d’un tunnel creusé pour échapper aux forces américaines. Plus loin, les œuvres inspirées des tranchées de la Première Guerre mondiale font du barbelé une matière et une métaphore : sa spirale littérale persiste dans la guerre, mais aussi dans les frontières, la détention et l’occupation.

Sa pratique mêle gravure, peinture, collage et tissage. Elle superpose des dizaines d’empreintes issues de plaques de linoléum gravées jusqu’à former un champ dense, modelé par le temps et la pression — un processus qui reflète des histoires stratifiées, réécrites, jamais nettes. Même la scénographie participe : les œuvres se détachent sur un rideau de chaînettes assemblé à la main, comme une clôture qui aurait appris à scintiller.

Dans les œuvres qui renvoient au massacre de Jérémie en 1964, la violence est là, sans mise en scène, et l’absence des bourreaux devient une terreur en soi. « Spiral Execution » rappelle que la paranoïa devient politique : Duvalier, persuadé qu’un rival s’était transformé en chien noir, ordonna de tuer tous les chiens noirs du pays.

The Vocals of the Chaotic Burst est une exposition sur le son, sans le son : le bourdonnement du barbelé, le martèlement de bottes qu’on ne voit jamais, la mer comme passage et comme abîme. On ressort avec cette sensation que l’histoire n’est pas derrière nous. Elle tourne.

Galerie de l’expositionVOCALS OF THE CHAOTIC BURST

Image 1 sur 9
  • VOCALS OF THE CHAOTIC BURST
  • VOCALS OF THE CHAOTIC BURST